00:06
Éteignez les lumières. Fermez votre porte. Décrochez un téléphone, nuit blanche.
00:40
Ladies and gentlemen, we're going to recreate for you tonight all the known facts in an actual unsolved murder.
00:57
Somewhere, someone among you's had contact with a killer or killers. Someone whose identity need never be known has seen evidence or possesses information that can lead to the solution of this crime.
01:12
And now we open the files on one of this nation's unsolved murders. It's homicide file number DR-295771, the Los Angeles, California Police Department. The unsolved murder of Elizabeth Short, the Black Dahlia.
01:32
Je n'ai pas beaucoup d'argent. Ma carrière n'a pas encore tout à fait démarré. Je voudrais me lancer dans le cinéma. Je vais faire un malheur. Toutes les personnes que je rencontre me le disent. Un de ces jours, vous me verrez dans les magazines. Alors, docteur, vous pensez que nous pourrions trouver un accord pour satisfaire nos besoins respectifs ?
01:53
Bonjour, bonsoir. Vous écoutez Nuit Blanche. Nuit Blanche, un podcast pour ceux et celles qui préfèrent frémir que dormir.
02:00
Dans ce nouvel épisode, qui n'attendait plus que la pleine lune pour vous retrouver, nous allons nous intéresser au cold case le plus passionnant et effrayant du XXe siècle. L'assassinat de la jeune Elisabeth Short. C'était en janvier 1947.
02:13
Oh, j'ai jamais manqué une seule émission qu'ils ont faite sur elle. Tous les détails sanglants y sont passés. Toutes ces images sinistres en gros plans, c'était...
02:23
Ça, c'est de la télévision.
02:25
Un crime qui, de par sa nature violente et sa mise en scène macabre, va choquer l'Amérique tout entière et durablement marquer les esprits. À tel point que ce meurtre va devenir une obsession pour de nombreux policiers, enquêteurs et détectives qui, encore aujourd'hui, analysent, scrutent dans les moindres détails toute piste, toute archive, tout dossier pouvant mener aux sadiques, aux désaccès, qu'il y a de cela presque 73 ans jour pour jour, a sauvagement tué celle que l'on surnomme le Dahlia Noir.
02:55
Elle était toujours là, toujours entre nous, sans nous séparer.
03:13
8 mai 1945, l'Allemagne nazie est vaincue.
03:20
Hitler s'est donné la mort une semaine plus tôt que son état-major à capituler. C'est la fin de cinq années d'une guerre atroce qui a mis l'Europe à feu et à sang. Mais cette joie sera de courte durée. Et déjà, les démonstrations de Liès ne parviennent pas à dissimuler un malaise. Car il ne suffit pas de signer un acte de capitulation pour trouver la paix.
03:43
1947, l'Europe pense ses plaies et ses habitants vivent au rythme de la distribution des tickets de rationnement. La vie est dure, les infrastructures industrielles et agricoles, tout comme les voies de communication, ont été détruites. Le bilan humain et matériel de la Seconde Guerre mondiale est le plus grave que l'humanité ait jamais connue. C'est dans ces conditions difficiles que les États-Unis lancent le plan Marshall pour aider à la reconstruction de l'Europe de l'Ouest.
04:13
dans certaines parties du monde il ya plus d'affrontements maintenant qu'il y en a eu pendant la guerre vous le savez la situation politique est instable on tente de changer la face de l'europe
04:30
Une Amérique toute puissante et triomphante dans laquelle nous allons nous replonger. Loin des maladies, de la famine et des champs de ruines, la Californie sonne comme la terre promise pour de nombreuses personnes en quête d'un avenir meilleur.
04:44
The Golden State, comme on l'appelle alors, symbolise le rêve américain par excellence. Avec ses plages dorées, ses palmiers, ses magnifiques propriétés avec piscine privée, sur les collines ensoleillées. Il y a aussi les grosses voitures chromées et surtout les stars de ciné.
05:00
Il me fallait une Rita Eworth pour compléter mon petit studio. Quel petit studio ? J'avais Ava Garner, Jane Russell, Marilyn, Lana Turner, Lynn Bracken et ma Véronique Alec. Mes filles sont des sosies de vedettes de ciné. Je dois parfois faire appel à la chirurgie.
05:16
Mais derrière ce magnifique décor de cinéma qui fait fantasmer le monde entier, se cache une toute autre réalité que l'on ne souhaite pas vraiment montrer. Si en effet c'est une période faste pour les États-Unis sur le plan politique, industriel et économique, Le pays est du nord au sud, d'est en ouest, gangréné par un mal qui le ronge de l'intérieur, et que personne n'arrive ou ne souhaite endiguer, à savoir la corruption et le crime.
05:45
C'est la politique votre fort. Vous repérez mes faiblesses humaines, mais vous manquez d'estomac.
05:52
Vous vous trompez, monsieur. Êtes-vous prêt à mettre au point un dossier de preuve truquée contre un suspect que vous savez mouiller pour être sûr qu'il soit inculpé ?
05:59
Dudley, on en a déjà discuté.
06:00
Oui ou non, Edmond ? Non. Et êtes-vous prêt à passer à tabac votre suspect pour le faire avouer ? Non. Et êtes-vous prêt à descendre un danger criminel froidement pour éviter à tout prix qu'un quelconque avocat... Non.
06:14
Alors pour l'amour de Dieu, ne devenez pas détective. Argent facile, drogue, mafia, police véreuse. Tous les ingrédients d'un bon thriller policier sont réunis et se concentrent principalement dans les grandes villes. Comme cette cité de près de 2 millions d'habitants en 1945.
06:33
Los Angeles. Los Angeles devenu en l'espace de quelques années un géant industriel et financier qui produit à l'appel de nouveaux millionnaires comme un certain Walt Disney qui quitte en 1923 le Missouri pour tenter sa chance sur la côte ouest avec seulement 40 dollars en poche.
06:51
Venez à Los Angeles. Le soleil brille toute l'année. Les plages sont vastes et accueillantes et partout les Orangerais s'étendent à perte de vue. Il y a du travail pour tout le monde et des terrains pour pas cher. Chaque travailleur y possède une jolie maison et dans chaque maison, Une famille américaine heureuse. Tout ça est à portée de main. Et sait-on jamais ? Vous pourriez même être découvert, devenir une star de cinéma ou au moins en voir une.
07:22
Il fait bon vivre à Los Angeles. C'est vraiment le paradis sur Terre. Enfin, ça c'est ce qu'on vous raconte. Parce qu'ici, on vend du rêve. On en vend au cinéma, à la radio et à la télévision. Dans le feuilleton, le badge de l'honneur, les flics du coin font des miracles en empêchant les criminels de salir la ville.
07:44
Oui, on pourrait vraiment se croire au jardin d'Eden. T'as compris que c'était un piège et t'es venu quand même ?
07:50
Il s'est passé des tas de saloperies ici. Aussi bien qu'ailleurs pour en finir.
08:03
En cette même année 1923, à plus de 4100 km de Los Angeles, du côté de Boston dans le Massachusetts, Phoebe May attend un heureux événement. La jeune femme, de 26 ans, est mariée depuis le 11 avril 1918 à un entrepreneur possédant une affaire de construction de golf miniature. Il s'agit de Cléo Alvin Short Jr. Elisabeth Ann Short.
08:23
Date de naissance, le 29 juillet 1924 à Redford dans le Massachusetts.
08:32
La famille habite tout d'abord dans le quartier le plus au sud de la ville, appelé Hyde Park, puis déménage à Medford, au nord de Boston, dans une coquette espacieuse maison sur Magoon Avenue.
08:49
Le 29 juillet 1924, Phoebe donne naissance à une troisième petite fille qu'elle appelle Elisabeth. Elle aura en tout cinq filles, Virginia, Dorothéa, Elisabeth, Eleonora et Muriel. La petite Elisabeth a une belle chevelure noire et de grands yeux bleus qui tirent vers le verre en fonction de la lumière. Le voisinage la compare à une petite poupée de porcelaine. Elisabeth n'aura pas vraiment le temps de profiter de l'insouciance de l'enfance.
09:22
En 1929, le krach boursier de Wall Street entraîne les États-Unis dans ce qu'on appelle la Grande Dépression. La crise financière met la nation tout entière à genoux et quasiment du jour au lendemain, Clio Short est ruinée et doit mettre sa société en faillite.
09:51
Attendez. Attendez, vous pouvez répéter.
09:59
C'est pas possible ! Incapable de subvenir aux besoins de toute la famille, le mari des Argentés quitte femme et enfant en octobre 1930.
10:07
Il abandonne sa voiture, une nage sédante de 1932, sur le pont de la rivière Charles, dans le but de mettre en scène son propre suicide, en faisant croire qu'il s'est jeté à l'eau. D'après les rumeurs, Cléo Short était un homme dont le style de vie correspond parfaitement à la description du « chacun pour soi ».
10:29
Ce que je voulais, c'était faire honneur à mon père. Déclarée officiellement mort deux ans plus tard, la veuve Phoebe Short touche 3000 dollars des assurances. En 1937, la famille part vivre dans un appartement aux 115 rues Salem, toujours dans la petite ville de Medford. Ici, l'ambiance n'a rien à voir avec celle cossuée verdoyante de la Magoon Avenue. L'appartement au troisième étage est tout juste correct, avec une vue imprenable sur le chemin de fer et le cimetière.
11:05
C'est là que Bess, Bette ou encore Betty, comme la surnomment ses camarades et ses sœurs, passera une partie de son adolescence. Pour subvenir aux besoins de sa famille, Phoebe occupe plusieurs emplois, mais la majeure partie de l'argent de la famille Short provient de l'assistance publique.
11:23
Tout le monde va bien à la maison aujourd'hui ? Ça va, oui.
11:27
Ta maman aussi ? La vie est stricte à la maison. Alors pour s'échapper de cette ambiance austère où un sou est un sou, la jeune femme rêve avec sa sœur Dorothéa de devenir un jour une star de cinéma. Gentille, drôle, extravertie, déjà séductrice et bavarde, Elisabeth imite dans sa chambre son idole. L'actrice et chanteuse Diana Durbin, la grande vedette des studios Universal, qui est à l'affiche de nombreuses comédies musicales hollywoodiennes de l'époque. ...
12:16
... ... ... ... ...
12:40
Mais Elisabeth ne fait pas qu'imiter ses idoles. Elle développe aussi sa propre personnalité, attirante, magnétique. Les garçons se retournent dans la rue lorsqu'ils croisent la belle aux cheveux noirs. Une fois que vous aviez vu Betty Short, vous ne pouviez plus l'oublier. disait Emma Pachios, une amie et voisine de la famille Short, Ahmed Ford.
13:01
Mademoiselle Short déménageait souvent.
13:03
Quelqu'un la menaçait ?
13:04
Pauvre Betty. Sans problème, c'était pas trop d'ennemis, c'était plutôt trop d'amis.
13:08
Pendant les rudes mois d'hiver, Elisabeth souffre d'asthme et de bronchite à répétition. Sa mère décide alors de l'envoyer en Floride, où le climat est beaucoup plus doux. Pendant l'hiver 1941-1942, elle travaille comme serveuse à Jacksonville. Pendant ce temps-là, à Medford, c'est le choc. La mère d'Elisabeth apprend par courrier que son mari Clio Short n'est pas mort et qu'il vit à Valero, en Californie. Il lui a écrit une longue lettre pour lui présenter ses excuses et demander si la famille pouvait être à nouveau réunie.
13:41
Phoebe Short refuse catégoriquement cette proposition, meurtrie par cet abandon maladroitement déguisé en suicide. Elisabeth semble éprouver beaucoup moins de ressentiment vis-à-vis de son père. Ou alors, pense-t-elle, se servir de lui afin de vivre son rêve de jeune fille, devenir une star de cinéma. Pourquoi tu voulais rencontrer Betty Short ?
14:07
J'ai travaillé dur pour être sans attache.
14:12
Mais de la manière dont les gens parlaient d'elle, on aurait dit que chez elle, c'était naturel.
14:20
Quoi qu'il en soit, avoir un père en Californie, un père rongé par les remords et les regrets, peut s'avérer être un atout indispensable dans la conquête d'Hollywood. Dès que sa mère lui apprend la nouvelle, au printemps 1942, Elisabeth écrit à son tour à son père une lettre pour lui demander de vivre à ses côtés en Californie. Elle lui promet de tenir la maison et de trouver un petit job pour subvenir sur place à ses besoins.
14:47
Quelques jours plus tard, Cleo Short envoie 200 dollars, ce qui représente environ 2000 dollars d'aujourd'hui, afin que sa fille puisse faire le voyage et s'installer auprès de lui.
15:09
Mais les choses ne se passent pas exactement comme il l'avait prévu. Pire même, les relations entre le père et la fille deviennent vite exécrables. La jeune femme de 18 ans ne tient pas ses promesses, elle dort le jour, sort la nuit. Et elle a des relations peu fréquentables et s'enivre d'alcool et de jolis garçons. Cette vie dispendieuse et superficielle va mener Cléo et Elisabeth jusqu'au point de rupture.
15:33
Bordel, dégage ! Fous-moi le camp et que je t'en vois plus jamais !
15:37
Le père déclarera plus tard « Je l'ai mise à la porte parce qu'elle était sale et qu'elle ne voulait pas garder la maison propre. Elle ne cuisinait même pas ses propres repas. » « Dégage ! Dégage ! » En janvier 1943, Clio Short, après une énième dispute, met sa jeune fille de 18 ans à la porte. C'est la toute dernière fois qu'il la reverra, pour être plus précis, qu'il la reverra vivante.
15:59
« Tu ne devrais pas aller dans des lieux si peu recommandables.
16:02
»
16:02
Elisabeth use et abuse de ses relations et de son charme pour trouver un petit boulot de quelques mois. Ce sera dans un magasin de l'armée à Camp Cook, dans le comté de Santa Barbara. Elle sera même élue la fille, la plus mignonne de la base, lors d'un concours de beauté.
16:18
Mon chemin se sépare, Betty. Quel plaisir c'était de voyager avec vous. Quelle chance d'avoir pu me confier à vous. Je guetterai votre première apparition au cinéma. C'est très gentil. J'espère bien que ça arrivera. J'en suis sûre. Bonne chance. Au revoir, cher enfant. Et faites bien attention à vous. Promis. Merci encore.
16:39
J'ai été si heureux de faire votre connaissance. Je vous souhaite toute la chance du monde.
16:42
C'est gentil à vous.
16:45
Tout semble donc jusqu'à présent lui sourire, mais un événement va mettre un coup d'arrêt à son rêve californien. Le 23 septembre 1943, elle sort avec des amis dans un restaurant. Pendant la soirée, l'alcool coule à flot et les propriétaires de l'établissement excédé par le bruit et l'attitude déplacée des jeunes gens appellent la police.
17:07
Elisabeth est arrêtée pour consommation illégale d'alcool. De cette soirée du 23 septembre, il nous reste une photo prise au poste de police. Plutôt deux photos, une de face et une de profil portant le numéro 11 419. Sur celle de face, Elisabeth semble vous fixer droit dans les yeux. Elle a ce regard profond et ses yeux clairs sont envoûtants. Mais derrière cette intensité, on peut ressentir une détresse et une fragilité qui vous touchent droit au cœur.
17:35
Arrêtez en 43 à Santa Barbara pour abus d'alcool.
17:40
À part ça, aucun ennui. Après une nuit en cellules de dégrisement, Miss Short est renvoyée sur le champ dans sa famille à Medford par la brigade des mineurs. Cette décision est d'autant plus difficile à accepter qu'Elisabeth a rencontré en Californie un pilote de l'US Air Force, Joseph Gordon Fickling, dont elle est tombée amoureuse.
18:00
Un autre soldat lui fera aussi la cour. Il est aussi pilote, c'est le major Matt Gordon, qui lui promet un mariage après la guerre. Hélas, il décédera dans un accident d'avion en Inde le 10 août 1945. Il avait 26 ans.
18:13
Ne me quitte pas Richard, dis que tu m'aimes.
18:17
Mlle George, il y a un temps après que tu m'aimes. Est-ce que vous connaissez bien notre langue ?
18:26
J'essaie en tout cas.
18:28
Très bien. Réessayez alors. Reprenons au début. Et surtout, n'oubliez pas, vous le suppliez. Vous le suppliez. Il veut vous quitter, alors vous le suppliez. Bon, allez, on se dépêche, on va manquer de pellicule. Allez, action !
18:42
Elisabeth est brisée. Dès qu'elle touche au bonheur, celui-ci semble à chaque fois comme lui échapper. Les mois suivants, elle reprend sa vie de serveuse en Floride, avec quelques retours occasionnels dans le Massachusetts.
18:56
En 1946, elle renoue des liens avec son ancien petit ami Gordon Fickling, qui habite à Long Beach, au sud de Los Angeles. Pendant la période qui va de mai à octobre 1946, elle s'installe chez Mark Hansen. Mark est le copropriétaire d'un nightclub à Los Angeles, le Florentine Gardens, où l'on peut assister à ce que les journaux appellent une revue de charme.
19:22
C'était un hasard, c'est tout. Je les ai rencontrés chez La Verne l'automne dernier. Betty peut-être une fois et il l'orna pas plus de deux fois. Elle venait pour se faire payer à boire ou à manger par une sœurette.
19:31
Anne Thoth, qui est la petite amie de Hansen, partage une chambre avec Elisabeth au 64-24 Carlos Avenue. D'ailleurs, elle ne partage pas seulement la même chambre, mais aussi le même rêve, devenir actrice de cinéma.
19:46
Je m'appelle Betty. Elle a sûrement dû vous prévenir de mon arrivée ? Ensuite, je pleure, je pleure, je pleure. Et je dis avec beaucoup d'émotion, je te hais, salaud ! Et je nous hais plus que tout ! C'est nul comme ça. Mais tu joues à la perfection.
20:05
Merci, très chère. 8 décembre 1946. Sentimentalement et géographiquement instable, Elisabeth Short décide de s'installer à San Diego. Le lendemain, Elisabeth va faire la connaissance de Dorothy French dans une salle du cinéma aztèque qui se trouve sur la 5e avenue. Voici l'histoire de leur rencontre. Dorothy travaille au guichet du cinéma qui projette des films 24 heures sur 24. Elle remarque ce soir-là une jeune femme assise seule et qui a l'air désespérée.
20:36
Lorsqu'elle ferme sa caisse à 3h du matin, Dorothy, qui a toujours le cœur sur la main, va à la rencontre d'Elisabeth, qui vient de s'endormir dans son fauteuil rouge. Et elle lui propose de venir dormir à la maison. Elle vit dans un petit logement social, situé sur Bayview Terrace, avec sa mère et son jeune frère.
20:55
Merci Betty.
20:55
C'est rien du tout.
20:58
J'aurais pas dû te laisser dormir sur le canapé hier soir. Non, c'est pas ça.
21:05
Merci pour tout ce que t'as fait.
21:12
Hélas, pour la famille French, tout comme auparavant avec son père, Elisabeth ne fait pas grand-chose à la maison. Elle ne participe pas aux tâches ménagères et ne donne pas un sou pour acheter des vivres ou payer un loyer. Et pourtant Dorothy vient de découvrir qu'elle a reçu un mandat de 100 dollars d'un ancien petit ami, un certain Gordon Fickling.
21:33
« Je ne pourrai jamais m'offrir un appartement pareil.
21:35
»
21:36
Sauf bien sûr si j'arrive à me faire remarquer que je deviens une star. Je préfère être connue comme une grande actrice que comme une star. Mais enfin, il y a des gens qui arrivent à consigner les deux.
21:45
Ce n'est pas la seule chose que Dorothy découvre en lisant le courrier d'Elisabeth. De plus en plus suspicieuse, elle comprend très vite que celle-ci ment ouvertement à sa mère Phoebe en lui faisant croire qu'elle travaille pour la Croix-Rouge et le Novol Hospital, ce qui est bien entendu totalement faux. Et ce n'est là qu'un tout petit échantillon de ces nombreux mensonges. Tout comme dans un scénario d'Hollywood, Elisabeth s'invente une seconde vie. Une vie rêvée qui n'a rien à voir avec la réalité.
22:15
Et la réalité, c'est qu'Elisabeth Short déteste sa vie. Et qu'elle n'a plus ni l'envie, ni l'énergie de se prendre en main.
22:22
T'es encore là ? Fallait pas. J'ai cru que c'était ce que tu voulais. Personne ne veut toi ici.
22:36
Ça m'étonne. Mes parents sont en haut, ils pensent que t'es parti, tu leur avais dit que t'avais affaire. Et alors, c'est une surprise ? Alors t'attends que je les appelle. Si c'est ça, je peux le faire.
22:44
8 janvier 1947, un homme sonne à la porte de la famille French. C'est Robert Manley, un charmant jeune homme de 25 ans saxophoniste. Il a rencontré Elisabeth un mois plus tôt dans un bar.
22:58
Robert est inquiet car il s'est arrangé avec un ami pour lui faire passer un entretien d'embauche, mais elle ne s'est pas présentée. C'est devant une tasse de café qu'elle lui explique qu'elle n'aime plus sa vie à San Diego et qu'elle souhaite retourner sur Los Angeles. Pour s'y rendre à peu de frais, elle tente une nouvelle opération séduction sur le jeune homme et ça fonctionne. Robert accepte de l'aider et l'emmène à Los Angeles, en espérant que peut-être sur le trajet, la belle et séduisante amie lui déclare ouvertement son amour, même s'il vient quelques mois auparavant de se marier.
23:43
C'est enfin de matinée, le 9 janvier 1947, qu'Elisabeth retrouve Los Angeles. Robert n'a hélas pas eu ce qu'il espérait, et c'est le cœur lourd qu'il dépose Elizabeth Short au 506 South Grand Avenue, devant le Biltmore Hotel. Lorsque Robert a vu Elizabeth pour la dernière fois, elle téléphonait dans le hall de réception.
24:09
Que va-t-il se passer ensuite ? Ça, c'est une grande énigme. Et encore aujourd'hui, on ne sait pas exactement ce qui s'est passé. Ce qu'a fait Elisabeth Short ? Qui elle a rencontré ? Surtout qu'elle avait pris l'habitude de mentir à son entourage. Voulait-elle retourner dans le Massachusetts pour rejoindre sa sœur, comme elle venait de l'affirmer à Robert ? Ou avait-elle d'autres projets ? Personne vraiment ne le sait. La seule chose qui soit une certitude, c'est qu'il ne lui reste, ce 9 janvier 1947, que quelques jours à vivre.
25:00
Docteur Curran, je présume. Je vois que vous travaillez chez vous. Je trouve ça formidable.
25:12
Je soigne beaucoup de familles qui habitent le quartier. C'est très pratique pour eux. Et pour moi.
25:17
Votre femme doit être contente.
25:18
Je ne suis pas mariée, en tout cas pas pour l'instant. Comment avez-vous entendu parler de moi ?
25:22
Par une bonne amie, Naby Pierce. Vous lui avez plombé une dent. Elle m'a dit beaucoup de bien de vous.
25:28
Naby, oui. Elle est adorable. Pardon.
25:32
Elle m'a aussi dit que vous proposiez parfois de petits arrangements spéciaux aux jeunes filles qui avaient des difficultés.
25:38
Vous n'avez pas de quoi payer ?
25:39
Je n'ai pas beaucoup d'argent. Ma carrière n'a pas encore tout à fait démarré. Je voudrais me lancer dans le cinéma. Je vais faire un malheur. Toutes les personnes que je rencontre me le disent. Un de ces jours, vous me verrez dans les magazines.
25:52
15 janvier 1947, la journée s'annonce froide mais ensoleillée sur la région de Los Angeles. Betty Berzinger, une jeune femme au foyer, vient de quitter son domicile sur Norton Avenue qui se trouve dans le quartier de Leimer Park à 8 km au sud d'Hollywood. Il est environ 10h30 lorsqu'elle se dirige avec sa petite fille Anne âgée de 3 ans chez le Cordonnier afin de faire réparer une chaussure. Approchant la 39e rue, Betty et Anne longent un terrain vague qui doit laisser place à de nouvelles habitations.
26:24
Mais la guerre ayant considérablement ralenti le projet immobilier, l'endroit est devenu une zone où la nature reprend peu à peu ses droits.
26:33
Tout à coup, Madame Berzinger remarque parmi les herbes folles, à seulement quelques centimètres du trottoir, quelque chose qu'elle n'arrive pas bien à identifier. On dirait un mannequin de vitrine, de grand magasin, un mannequin disloqué dont on se serait débarrassé à la sauvette dans ce qui ressemble aux grandes dames des riverains, de plus en plus à un vaste dépotoir à ciel ouvert.
26:56
Ce n'est rien chérie, c'est seulement un mannequin de grand magasin.
27:01
Attirée par cette étrange apparition, elle s'arrête pour l'observer. C'est à ce moment précis qu'elle comprend qu'elle n'a pas affaire à un mannequin de plastique, mais au corps d'une femme démembrée. Hurlant de terreur, Betty Berzinger se précipite vers une maison voisine, celle d'un médecin, pour appeler la police.
27:30
C'est à 10h54 précisément que les agents Frank Perkins et Will Fitzgerald du LAPD arrivent sur les lieux du crime. Et voici ce qu'ils découvrent.
27:40
C'est animé ce quartier !
27:42
Je vais jeter un coup d'œil là-haut.
27:43
Le corps entièrement dévêtu d'une jeune femme coupée en deux au niveau de la taille. Détail important, les vertèbres en bas du thorax ont été soigneusement séparés et non pas simplement sciés. Encore plus étrange, le corps est vidé de son sang et semble lavé. Il y a quelques traces d'herbe sur son torse, suggérant qu'elle a été déposée face contre sol, puis retournée.
28:17
La vision est insoutenable, car le visage est atrocement défiguré. La bouche est entaillée de chaque côté par un coup de rasoir. Les bras remontés au-dessus de la tête en formant des angles de 90 degrés au niveau des coudes portent au niveau des poignées des traces violacées, ce qui laisse à penser qu'elle a été ligotée et torturée avant de mourir. Les jambes sont écartées, comme pour une dernière fois humilier la victime. Les seins sont mutilés. Tout près du corps, on retrouve un sac de ciment contenant du sang à queue, de même qu'une empreinte de talons au milieu de traces de pneus.
28:54
Peut-être est-ce celle d'une voiture, aperçue par Robert Mayer, qui habite lui aussi à Eleimert Park. Il déclare à la police avoir vu entre 6h30 et 7h du matin une Ford Model 1936 ou 1937 se garer le long du trottoir. Elle est restée là pendant 4 minutes, non loin du lieu du crime, avant de disparaître au coin de la rue. Hélas, M. Mayer n'a pas pu voir distinctement le conducteur.
29:20
Bon, écoutez-moi bien. Je veux aucune photo du corps dans la presse. Vous, s'il vous plaît, finissez de photographier le corps en vitesse et après vous mettez un drap blanc pour que personne ne la voit. Je veux un périmètre sécurisé à 2 mètres. Si un reporter essaye de passer, arrêtez-le. Écoutez-moi bien. Avant que les choses ne dégénèrent, il faut mettre le hol à tout débordement.
29:39
Très vite, les policiers sont rejoints sur place par des badauds et une trentaine d'enquêteurs et de journalistes de l'Examiner ou encore du Herald Express qui vont de manière irréversible polluer la scène de crime et prendre des photos en se retenant de ne pas vomir ou de faire un malaise.
29:55
Avec de la publicité, on a des aveux spontanés et ces aveux sont le fruit de cinglés, d'affabulateurs et de fausses pistes. Alors, il ne faut surtout pas en parler ! La lacération d'une oreille à l'autre et l'éviscération. Eh bien, vous gardez ces informations pour vous. Vous n'en parlez ni à votre femme, ni à vos petites amies, ni aux autres agents de police.
30:16
Les images sont tellement insoutenables que la presse locale va retoucher les photos prises sur place à l'aérographe afin de masquer tout ce qui pourrait choquer le lecteur.
30:26
Les justices photo !
30:32
Je souffre, docteur. J'ai besoin de vos bons soins. Bon, d'abord, je vais vous mettre le masque.
30:35
Je ne voudrais pas écraser votre œillet.
30:45
Oh, docteur, ce n'est pas un œillet.
30:53
C'est un dahlia.
31:03
Respirez à fond.
31:14
C'est à partir de ce 15 janvier 1947 que l'histoire de la jeune Elisabeth ne lui appartient plus, mais à l'Amérique tout entière.
31:22
Arrêtez en 43 à Santa Barbara pour abus de l'alcool. À part ça, aucun ennui.
31:28
Quatre sœurs, parents divorcés, son père vit à Los Angeles et il a déjà vendu des photos d'elle au Herald.
31:34
Identifiée grâce à ses empreintes digitales recueillies en 1943 lors de son arrestation en état d'ivresse à Santa Barbara, Elisabeth Short va obtenir d'une étrange manière ce qu'elle désirait tant, la célébrité sous le pseudonyme du Dahlia Noir.
31:50
Elle disait qu'elle voulait faire du cinéma. Tout ce qu'elle faisait, c'était parader en robe noire moulante sur Hollywood Boulevard.
32:00
C'est pas étonnant qu'elle se soit fait tuer.
32:02
On ne sait pas exactement qui la baptisait ainsi en premier, mais on en connaît la cause. Concernant la couleur, c'est parce qu'elle portait souvent des vêtements noirs et avait une belle chevelure couleur charbon. Pour le Dahlia, c'est une référence à l'intrigue principale du film The Blue Dahlia, le Dahlia Bleu en français, et sorti quelques mois avant sa mort. Voici un résumé de l'histoire. Johnny Morrison retrouve sa femme dans les bras d'Eddie Harwood, patron du club Le Dahlia Bleu. Après une altercation, Johnny s'enfuit du domicile conjugal.
32:36
Le lendemain, il apprend que sa femme a été assassinée et qu'il est le principal suspect. La police te cherche.
32:44
Je sais, j'ai vu les journaux. Dans toute la ville, le tueur traque les prostituées. J'étais avec une de ces femmes juste avant de venir ici.
32:58
Je ne comprends rien.
33:03
Vous avez l'impression que vous avez l'impression que vous avez l'impression que vous avez l'impression que vous avez l'impression que vous avez l'impression que vous avez l'impression
33:27
Comme un signe étrange du destin, le cinéma hollywoodien va nouer des liens dans la mort avec cette si belle et intrigante jeune femme de 22 ans, Elisabeth Short. Le capitaine John Donahue mobilise deux détectives de haut rang sur le dossier, le sergent-détective Harry Hansen et le détective Finis Brown.
33:46
Remercions notre ami Bevo Mintz de l'examineur. Il parle de Betty dans une robe noire moulante, comme l'actrice dans le film avec Alain Ladd, Nathalia Bleu. On va avoir trois fois plus d'aveu. Chouette. Hollywood vous baisera toujours quand plus personne ne le fait.
34:04
Hé, Johnson. Attends, fumez. Le 16 janvier 1947, Frédéric Newbar, responsable du service médico-légal du comté de Los Angeles, et son collègue Victor Cephalou, procèdent à une autopsie du corps de la victime.
34:16
Il relève que Short mesure 1,65 m. Elle pèse 52 kg. Elle a les yeux bleus clairs, les cheveux bruns et les dents du bas trécarie. Il y a de nombreuses lacérations, mais peu d'échymose. Le corps a été coupé en deux par une technique appelée hémicorporectomie.
34:35
Cause du décès, hémorragie suite à des lacérations au visage et un choc provoqué par des coups portés à la tête. Il indique que la victime a enduré une mise à mort particulièrement douloureuse. Elle a été rouée de coups.
34:49
Nous sommes en présence d'une femme de race blanche dont l'âge est compris entre 16 et 30 ans. Le cadavre se présente en deux moitiés, sectionné au niveau de l'ombilique.
35:00
Lacération de part et d'autre, des commissures des lèvres, pas de signe visible d'équimose sur la nuque. Abrasio rectangulaire aux extrémités des eaux sphénoïdes. Et une perforation ici, sur la paume de sa main droite. Là.
35:21
L'examen de la cavité abdominale inférieure ne nous a révélé aucune hémorragie interne. Intestin, estomac, vésicule et foie ont été enlevés.
35:30
Les tests réalisés à l'époque ne permettent pas de dire si la victime a été violée. Mais on retrouve des excréments humains dans sa bouche, des morceaux de chair dans son vagin et une touffe de poils pubiens dans son anus anormalement dilatée.
35:45
Ces détails sordides n'ont été révélés au grand public qu'en 1991, soit 44 ans après les faits, afin de pouvoir, pendant toute l'enquête, faire le tri parmi les suspects et les cinglés venus spontanément se dénoncer.
36:00
Vous en pensez quoi ? Eh bien, on sait qu'elle n'a pas été violée et qu'elle n'était pas enceinte. En termes concrets, la cause du décès vient ou de la blessure à la bouche ici, ou elle a été battue à mort avec un objet du style batte de baseball ?
36:12
Frédéric Newbar confirme que le corps a bien été entièrement vidé de son sang et que la nature des incisions laisse à penser que la victime était à moitié allongée dans une baignoire.
36:24
Et ses entrailles ? Elles ont été enlevées après la mort.
36:27
On mobilise une somme colossale de moyens financiers, matériels et humains pour trouver le ou les coupables.
36:33
Monsieur Lowe, pouvez-vous nous assurer de capturer ce monstre avant qu'il ne recommence ?
36:38
Mais oui, je vous l'assure. Mais monsieur Lowe ! Nous allons attraper ce tueur.
36:43
Pendant le début de l'année 1947, 750 enquêteurs de la police de Los Angeles vont travailler sur le dossier, dont 400 adjoints du shérif et 250 officiers de la patrouille d'état de Californie. Malgré cette formidable mobilisation, l'enquête s'avère très difficile, car il n'y a pas que les interrogatoires qui s'enchaînent à un rythme soutenu. Il y a aussi les articles de presse qui romancent et dramatisent la vie et la mort d'Elisabeth Short pour en faire le mythe du Dahlia Noir.
37:13
Maintenant, mes rêves ne vont jamais se réaliser. De quels rêves tu parles ?
37:30
Je sais que ça a l'air égoïste, mais je tiens absolument à devenir une célébrité. C'est la seule chose que j'ai jamais voulu.
37:36
La fascination morbide du public pour ce genre d'histoire pousse même une cinquantaine d'hommes et de femmes à sortir de l'ombre pour avouer être l'auteur du crime. Sans oublier tous les cas de dénonciations spontanées et anonymes.
37:50
Hélas, toutes ces révélations s'avèrent être de fausses pistes. La seule vraiment intéressante est celle concernant un mystérieux appel passé le 21 janvier 1947 à James Richardson, le rédacteur en chef du journal The Examinor. La fille a disparu.
38:09
Voici ce qu'il raconte dans son autobiographie parue en 1954.
38:15
Ce jour-là, je reçois un étrange appel anonyme d'une personne, un homme affirmant qu'il est très satisfait de la couverture de l'affaire du Dahlia Noir par le journal, et que ce faisant, il allait envoyer à son interlocuteur des affaires appartenant à Elisabeth Short par courrier.
38:29
Dites-moi tout.
38:30
Toujours pareil.
38:32
Le 24 janvier, le sac à main et une chaussure d'Elisabeth Short sont retrouvés dans une poubelle qui se trouve à seulement quelques kilomètres du terrain vague où le corps a été retrouvé. Pendant qu'on examine ces précieux indices pour retrouver d'éventuelles empreintes de doigt, un employé du service postal de Los Angeles découvre une lettre avec un étrange message sur l'enveloppe. Il est écrit « Voici les affaires du Dahlia Noir. Lettre à suivre. » Le courrier contient l'acte de naissance de Short, des cartes de visite, des photographies et un carnet d'adresse avec écrit sur la couverture en relief doré, Mark Hansen.
39:10
J'aime tuer des gens parce que c'est tellement marrant. C'est plus marrant que tuer des bêtes sauvages dans la forêt parce que l'homme est l'animal le plus... dangereux de tous à tuer c'est une chose qui me procure l'expérience la plus excitante c'est même encore mieux que s'envoyer en l'air avec une fille le meilleur dans tout ça c'est que quand je mourrai je me réincarnerai au paradis Tous ceux que j'ai tués deviendront mes esclaves. Je ne vous donne pas mon nom parce que vous essayerez de ralentir ou d'arrêter ma collecte d'esclaves pour ma vie future.
39:45
Il s'avère que notre ami est un poil ch'tarbé.
39:47
Souvenez-vous, Mark Henson, c'est le propriétaire d'un nightclub à la mode et qui a hébergé à Los Angeles Elisabeth Short entre mai et octobre 1946.
39:58
Hansen va déclarer à la police de Los Angeles que le carnet d'adresse est bien le sien, mais qu'il ne l'a jamais utilisé, car on lui a volé ce petit objet qui se trouvait dans son bureau, dans le courant de l'été 1946, à l'époque où justement Elisabeth Short vivait dans son appartement.
40:16
C'est elle ?
40:20
Mon Dieu, elle n'a que 15 ans.
40:20
Vous connaissez les studios où Betty tournait ?
40:24
C'était pas exactement des studios.
40:26
Henson sera l'un des tout premiers suspects dans l'affaire du Dahlia Noir, car il aurait tenté de séduire Elisabeth, qui aurait repoussé ses avances, même s'il a toujours clamé le contraire. Il sera disculpé en 1949 par le juge. A noter qu'Henson n'a jamais eu de casier judiciaire, ni d'antécédent pour violence.
40:45
Et c'est Elisabeth Short. Vous êtes d'où ? De Boston. Depuis quand vivez-vous ici ?
40:53
Deux ans.
40:53
Vous avez perdu votre accent ?
40:55
Oui. Si je vais à Rome, pourquoi vous cherchez une fille avec un accent ?
40:59
Non, non, non, c'est très bien.
41:00
Parce que je peux le retrouver en une seconde. Je suis la championne pour prendre tous les accents du monde. Bon, ça va aller.
41:05
On n'en a pas besoin, merci.
41:07
Je vous jure, je peux prendre l'accent que vous voulez.
41:11
Plus de 150 hommes, au cours des semaines qui suivirent, vont être interrogés, en particulier ceux dont le nom figure dans le carnet d'adresses retrouvé dans l'enveloppe. Mais là encore, rien de concret. 1er février 1947, le Los Angeles Daily News titre « L'affaire du Dahlia Noir est au point mort », sans nouvelle piste à suivre pour les enquêteurs.
41:31
On se retrouve avec tous les militaires du pays comme suspects.
41:34
Frustration dans les rangs de la police, exaspération dans les médias, mécontentement dans l'opinion publique qui réclame un coupable. La police cherche à présent une personne ayant suivi une formation médicale, car dans la mise en scène du meurtre, tout porte à croire que le coupable connaissait bien l'anatomie humaine et les gestes chirurgicaux. Cependant, le premier suspect arrêté pour le meurtre d'Elisabeth Short n'est pas un docteur, ni un dentiste, et encore moins un étudiant en médecine.
42:05
C'est en fait Robert Manley qui fut l'une des dernières personnes à avoir vu Elisabeth Short vivante. Mais Robert a un alibi solide et après deux tests au détecteur de mensonges, le LAPD le laisse libre. Cette année, après le meurtre d'Elisabeth Short, Robert Manley, terriblement affecté par cette affaire, est interné dans un hôpital psychiatrique à la demande de son épouse. Il dit entendre des voix, écrit des lettres étranges et souffre d'un fort sentiment de culpabilité.
42:37
Salut les journaux !
42:39
Cette affaire, il n'y a pas eu d'aussi gros de titres depuis la bombe atomique. Ellis Lowe veut faire parler de lui et je crois que Lee le suit à fond là-dessus. Ah oui, et toi ? Le 6 février 1947, le Evening Herald Express publie en première page un nouvel article sur un suspect âgé de 29 ans, un caporal de l'armée appelé Joseph Dumais.
43:00
Le 8 février, dans le Daily News, on apprend qu'il est passé aux aveux en signant une confession d'une cinquantaine de pages. Mais deux jours plus tard, le 10 février 1947, la presse révèle au grand public que Joseph Dumais n'a jamais existé. Ce canular d'un goût douteux a été mis en place pour tenter de faire sortir de son silence le véritable assassin. Et il va le faire quelques jours plus tard. Le lundi 10 février à 8h du matin, Hugh Shelby, un ouvrier du bâtiment, découvre le cadavre nu de Jeanne French, 44 ans, dont le corps lacéré a été jeté dans un terrain vague à la hauteur du 3200 Grand Avenue.
43:47
Sur place, la police découvre que l'assassin a écrit au rouge à lèvres sur le corps de sa victime, « Fuck you, be, dee ».
43:54
Qui sont ces hommes qui se repèsent d'autrui ? Qu'est-ce qu'ils ressentent lorsqu'ils gravent leur nom sur des corps humains ?
44:02
Bidji, comme Black Dahlia. Mais s'agit-il vraiment du même déséquilibré ou d'un copycat, c'est-à-dire d'un autre tueur agissant de manière similaire pour tenter de semer encore un peu plus le trouble dans les rangs de la police et la terreur au sein de la population ? Ce qui est sûr, c'est que comme pour le Dahlia noir, la justice n'a jamais officiellement désigné de coupable.
44:27
Priorité ?
44:28
Ouais, pour les types de la criminelle, pas pour nous. Une belle nana blanche se fait puter. Il faut montrer aux électeurs qu'ils ont bien fait de voter l'emprunt. C'est une occasion qu'on peut pas rater. Peut-être qu'elle était pas si belle que ça ?
44:42
Est-ce pour autant la fin de l'histoire du Dahlia Noir ? Une histoire avec un point d'interrogation à la fin ? Eh bien, peut-être pas. Par un étrange concours de circonstances, en 1999, l'affaire va être relancée par un certain Steve O'Dell qui est sûr et certain de connaître l'identité du bourreau d'Elisabeth Short.
45:05
Betty a téléphoné, pour de l'argent comme toujours. J'ai mis papa au courant, il lui a proposé de l'argent pour sortir avec un homme.
45:12
Et pourtant, vous saviez que c'était un malade ?
45:14
Mais c'était un passif, et tout ce qu'il voulait, c'était toucher des choses mortes. Son père était chirurgien, vous le saviez ça ? Très réputé en Écosse. On ne pensait pas qu'il deviendrait aussi cinglé. Mentez !
45:29
17 mai 1999, nous sommes chez Steve Odell qui habite une jolie petite maison à la sortie de Bellingham dans l'état de Washington. Au nord de la ville, c'est la frontière avec le Canada et de l'autre côté, à une vingtaine de kilomètres, il y a Vancouver. Il est une heure du matin quand le téléphone sonne. A l'autre bout du fil, une femme hystérique.
45:59
Sa voix est étranglée et les mots qui sortent de sa bouche sont entrecoupés de spasmes. Steve, à moitié réveillé, met quelques secondes à reconnaître au bout du fil June, la dernière épouse de son père. Après 30 ans de mariage et de vie commune, June lui annonce que son mari vient de mourir et elle est dévastée. George Odell, le père de Steve, vient de succomber à l'âge de 91 ans d'une crise cardiaque. Dis-moi que c'est pas sérieux, que c'est une blague ?
46:30
J'irai.
46:31
Aujourd'hui, tout m'est déjà arrivé alors. J'y vais quand ? Steve tente de calmer sa belle-mère et il lui assure qu'il prendra dès demain le premier avion pour San Francisco.
46:42
Steve O'Dell a 57 ans lorsque son père décède. Steve n'est pas originaire de Bellingham, il est né et il a grandi bien plus au sud, du côté de Los Angeles. A la fin des années 50, il est médecin dans la US Navy. En 1963, il devient officier au Los Angeles Police Department, le célèbre et réputé LAPD. Il est affecté au secteur de Wilshire, Vanews et Hollywood.
47:11
Pour votre promotion, j'ai vu les résultats de l'examen. Premier sur 23.
47:16
Vous choisirez quoi ? Patrouille, inspection des services, quoi ?
47:20
J'espérais devenir inspecteur.
47:22
Après six années de bons et loyaux services, Steve devient inspecteur à la section homicide d'Hollywood. Il gravira ensuite tous les échelons de la hiérarchie policière avant de déposer définitivement son insigne en 1986. Il aura pendant toute cette période de sa vie passée au LAPD traité plus de 300 enquêtes.
47:44
Votre message sera très clair. Cette nouvelle police se refusera désormais à tolérer en son sein des hommes qui s'estiment au-dessus des lois.
47:51
Il aurait pu prendre une retraite bien méritée, mais l'ex-flic décide d'entamer une nouvelle carrière professionnelle en devenant détective privée. Il fonde en 1986 la Odell Investigations. Ça va faire le bonheur de la presse.
48:11
Putain, la police en a pour des années à s'embêter. Des décennies. Si le petit est d'accord pour jouer le jeu, qui saura le faire ?
48:24
C'est une June, toujours sous le choc, comme perdu et désespéré, qui accueille Steve à San Francisco le 18 mai 1999.
48:32
Tout en pleurant, elle lui tend un tout petit album photo, pas plus grand qu'un jeu de cartes. Ce petit album appartenait à George Odell, le père de Steve. Il y a douze fleurs de lys gravées sur la couverture.
48:46
Steve l'ouvre prudemment, comme une relique fragile d'un lointain passé, et il découvre à l'intérieur des photos qu'il n'avait jamais vues auparavant. Il y en a une où, âgé d'environ deux ans, il est assis sur les genoux de son père, un père qu'il n'a pas beaucoup connu.
49:06
George Hill Odell Jr., dit George Odell, marié, quatre fois et père de dix enfants, est né le 10 octobre 1907 à Los Angeles. Sa famille est issue de la noblesse russe. Petit, c'est un prodige de la musique. Dès l'âge de sept ans, il joue déjà ses propres compositions au piano. Enfant précoce, il est élevé comme un rejeton de l'aristocratie européenne, avec tous les privilèges qui y sont associés. Il a un QI de 186, dépassant d'un point celui d'Albert Einstein.
49:40
Où avez-vous appris ce poème ? Je l'ai inventé. Quand j'étais enfant, je l'ai inventé.
49:50
Odell adolescent fréquente un célèbre psychologue de Stanford, le docteur Lewis Thurman, qui étudie ses nombreuses capacités intellectuelles, ce qui renforce chez le jeune homme le sentiment d'appartenir à une élite et son caractère narcissique.
50:04
Vous pourriez tirer profit de tout ça ? Mais êtes-vous vraiment prêt à subir le propre et le mépris ?
50:11
Oui, je le suis. À l'âge de 15 ans, le prodige obtient son diplôme à la South Pasadena High School. Le précieux sésame lui ouvre les portes de la California Institute of Technology, mais il est rapidement contraint de quitter l'université en raison d'un scandale sexuel impliquant la femme d'un professeur. Et des scandales de ce genre, il y en aura d'autres par la suite.
50:45
Pour se faire oublier, en 1928, il part faire des études de médecine à San Francisco où il va rencontrer une femme, Emilia, avec qui il va avoir un fils prénommé Duncan. Puis, dans les années 30, Odèle va se marier à un mannequin, Dorothy Anthony. Ils auront une petite fille en 1935, elle s'appellera Tamara. Un an plus tard, Georges obtient son diplôme de médecine.
51:18
George est de retour sur Los Angeles, où il ouvre son propre cabinet médical en centre-ville, non loin des beaux quartiers, et reçoit à l'abri des regards indiscrets tout le gratin mondain qui vient se faire soigner pour diverses maladies vénériennes. Nous sommes avant l'invention de la pénicilline et la cité des anges est infestée par la syphilis et la gonorrhée qui se propagent à vitesse grand V dans la population. Les premières causes étant le manque d'hygiène et la prostitution.
51:47
Il fait bosser des putes. Charcuter pour ressembler aux stars. Et avoir sa baraque, il doit se faire pas mal de blé en trafic d'hiver. Il tient à passer inaperçu.
51:58
Absolument. L'égoïsme est notre moteur. Alors nous coopérons.
52:03
Des stars de cinéma, des producteurs, des réalisateurs, des officiels de la police. Tout ce beau monde vient donc se faire soigner chez Georges Odel, avec maîtresse et prostituée. Au fil des années, le médecin se constitue un joli trésor de guerre, avec dans ses armoires un nombre impressionnant de dossiers qui, s'ils étaient divulgués, pourraient compromettre la vie professionnelle et privée de nombreux personnages publics de la ville.
52:31
Devenu, de par son métier, le confident des gens haut placés, Georges se sent très vite et à raison, à l'abri des ennuis, qu'il soit judiciaire ou financier. Il a bâti la moitié d'Hollywood et de Long Beach.
52:45
Imaginez, les gros titres. La fille du maniade de l'immobilier interrogée dans l'affaire Dutalia. Elle faisait du pied à la morte dans les boîtes lesbiennes. J'imagine.
52:55
C'est à cette époque faste de sa vie qu'il épouse une autre Dorothy, Dorothy Harvey, qu'il surnomme Dorero, pour éviter toute confusion avec sa précédente femme.
53:06
Dorothy est en fait l'ex-épouse du réalisateur John Huston, qui est et restera un ami de George O'Dell. Les jeunes mariés se connaissent depuis les années 20. Ils auront ensemble Michael, Kelvin ainsi que deux jumeaux, John Dion et Steve, qui se souvient, en tournant les pages de cet album de photos de famille, des bons et des mauvais moments de son enfance.
53:30
« J'ai décidé de rester ici, dans la cité des anges. C'est chez moi maintenant. »
53:38
Pour les bons, il y a cette incroyable propriété que son père Georges achète en 1945.
53:44
La Sodden House, construite en 1926 par l'architecte Lloyd Wright sur l'avenue Franklin. Une sorte de temple maya, avec ses blocs de béton tissés, ses voûtes de pierre, ses sept chambres et quatre salles de bain, ses longs couloirs, sa vaste cour intérieure, idéale pour donner des réceptions, avec au centre une grande piscine.
54:06
Cela ressemble à un décor de cinéma des années 30. Une sorte de forteresse de pierre imprenable, perdue dans une impressionnante végétation hétéroclite et nichée au cœur d'un beau quartier d'Hollywood. Un endroit fascinant pour un jeune enfant de 5 ans, tant il stimule l'imaginaire. Un raccourci.
54:25
Viens, ma douce.
54:36
C'est magnifique. Un passage secret.
54:40
Sale petit menteur !
54:48
Pour les mauvais moments, il y a la mort de son frère jumeau en décembre 1941.
54:53
Il y a aussi ses souvenirs d'un père tyrannique et dénué d'affection. Dorothy, femme discrète, vivait dans l'ombre d'un violent et charismatique docteur à la moustache noire bien taillée, prenant soin en public ou en privé de ne jamais le contrarier.
55:09
Viens là ! Allez, rapproche ! Tu joues à la poupée, sale petite pédale ! T'es quoi ? Une petite fille à sa maman ? Elles sont de là ! Eh ben merde ! On en veut, des raisons de pleurer ! Je vais t'en donner, moi ! On se laisse ! Tu es une fille à sa maman ! J'ai pas élevé une tarlouse, moi !
55:29
Steve retrouve aussi dans le mini-album donné par June une photo de sa mère, une beauté exotique et magnétique, dont le regard triste lui rappelle sa terrible déchéance après sa séparation avec George Odell.
55:42
De quoi d'autre vous vous souvenez-vous de cette époque ?
55:50
Ne tournez pas autour du pot, docteur. Ne tournez pas autour du pot. Ne tournez pas autour du pot. Ne tournez pas autour du pot, docteur !
56:00
« Dites-moi quel souvenir vous avez de votre mère. » Steve tourne encore une page et tombe sur des photos très intrigantes. Il s'agit de deux portraits d'une même femme. Sur le premier cliché, elle est habillée en noir et porte dans ses cheveux de magnifiques fleurs blanches. Mais qui est donc cette jeune femme inconnue ? Et que fait-elle dans cet album de famille ?
56:21
« Il a été très gentil avec moi. Il m'a emmené très souvent dans de magnifiques restaurants très très chics.
56:28
»
56:32
Steve n'arrive pas à se défaire de cette image, de ce visage angélique, de ses yeux clairs qui lui rappellent vaguement quelque chose. Mais qui ?
56:42
Quand tout à coup, après l'avoir observé une nouvelle fois attentivement, un souvenir lui revient instantanément en mémoire. L'affaire du Dahlia Noir. Oui, c'est elle sur la photo. Elisabeth Short. Celle qui a été torturée, tuée, puis découpée en deux et vidée de son sang par un sadique en janvier 1947. ...
57:12
Qui a fait quoi ? Qui a rendu l'autre dingue ?
57:19
C'est à ce moment précis que le personnage du fils endeuillé s'efface pour laisser place au détective privé. Une avalanche de questions s'abatte sur Steve Odell. Comment son père, Georges, a-t-il rencontré le Dahlia Noir ? Que faisait-elle dans la maison familiale, en jugée par le décor asiatique au second plan sur la photo en noir et blanc, que Steve reconnaît immédiatement comme étant celui de la Southern House ?
57:45
Pourquoi est-elle dans cet album familial ? Et puis surgit l'impensable, une interrogation insupportable mais nécessaire. Et si ? Et si Georges Odel était le bourreau du Dahlia Noir ? Imaginez alors la double fracture d'un fils qui vient de perdre son père et qui a l'intuition, dans l'instant suivant, que ce même père est peut-être l'une des pires ordures de la Terre.
58:12
J'étais en train de quémander dans un bar à Gardena et ce type s'est mis à me parler. Je croyais que j'étais enceinte et j'étais désespérément sans un sou. Il a dit qu'il me donnerait 200 dollars pour tourner dans un film cochon. Il a ajouté qu'il avait besoin d'une deuxième fille et alors j'ai appelé Betty.
58:42
On a fait tout son film dans cette immense maison à deux heures du centre-ville. Et il nous a ramenés à Los Angeles.
58:50
Où se trouvait cette maison ?
58:55
J'étais pas dans mon état normal, vous voyez ce que je veux dire.
58:57
C'est ainsi qu'en mai 1999, débute pour Steve O'Dell l'enquête la plus cruelle et dévorante de sa vie. Découvrir qui était véritablement son père, et s'il est bien celui qui a sauvagement assassiné Elisabeth Short en 1947. Attends, tu sais qui tu es, non ?
59:14
Je m'appelle Elisabeth Short. T'es pas au courant, c'est dingue.
59:20
Tout au long de son investigation, Steve va regrouper de nombreuses pièces à conviction pour avoir une image claire des faits. Retour pour lui tout d'abord à la Soden House, cette place forte d'inspiration né au Maya qui, à l'abri des regards indiscrets, recevait l'élite intellectuelle et les starlets les plus en vue d'Hollywood. Jusqu'à tard dans la nuit, de jolies filles alcoolisées, flirtées au bord de la piscine avec le peintre et photographe Man Ray, un artiste établi du dadaïsme et du surréalisme, avec aussi le réalisateur John Huston, ou bien encore le dessinateur et sculpteur italien Fred Sexton, un ami d'enfance de John Huston.
59:58
Elisabeth !
60:00
Oh non !
60:05
A l'été 1949, la demi-sœur de Steve Odell, âgée de 14 ans, quitte San Francisco où elle vit avec sa mère, qui vient de se remarier, pour passer quelques mois chez son père. Tamar a les cheveux blonds et les yeux bleus. Intelligente et forte tête, elle a une maturité physique qui pourrait presque la faire passer pour une jeune femme d'une vingtaine d'années.
60:27
Pendant l'une de ces fameuses fêtes débridées à la Soden House, il se passe un soir quelque chose que Tamara ne pourra jamais oublier.
60:41
Je ne sais plus ce qui s'est passé mais on m'avait retiré mes vêtements et Fred Sexton essayait d'avoir des rapports sexuels avec moi. Mon père était foudrage et il a jeté Fred hors de la chambre.
60:59
J'étais sous le choc. Je ne peux pas vous expliquer comment ça s'est passé. Comme si ma conscience avait quitté mon corps pour un moment. Et mon père a eu un rapport sexuel avec moi. Il se sentait en colère, coupable, étrange. Ensuite, j'ai quitté la chambre. Il était environ 5 heures du matin.
61:26
Ça ne s'est jamais produit à nouveau.
61:31
Et je suis tombée enceinte.
61:34
George, qui a un réseau de relations aussi grand que Los Angeles, s'occupe de l'avortement clandestin de sa fille en septembre 1949. Toutes ces brûlures d'acide, ces multiples empreintes sanglantes, il se passe des choses au sous-sol de cette maison, je le sais.
61:48
Je le sais. Traumatisée par ce qu'elle vient de subir, le 1er octobre, Tamar craque et quitte le manoir. Personne ne sait où se trouve l'adolescente et à contre-coeur, Georges Odel est obligé de signaler la disparition de sa fille à la police.
62:05
On la retrouve deux jours plus tard chez une amie. Elle est remise entre les mains de la brigade des mineurs de Los Angeles. Un long interrogatoire débute dans lequel elle affirme avoir participé à des orgies sexuelles au 5121 avenue Franklin.
62:21
Sous pression, elle finit même par lâcher plusieurs noms, ceux des personnes présentes dans la chambre le soir du viol. Il y avait, selon Tamar, Barbara Sherman, Corinne Tarin, Fred Sexton et surtout, son père, George Odell.
62:37
Et pourtant, je n'ai encore tué personne. Qu'est-ce que tu en dis ? Je dis que tu ferais mieux de me baiser que de me tuer.
62:46
Mais tu n'as le cran de fer ni l'un ni l'autre. Cinq jours plus tard, George est arrêté. Et le 7 octobre, son nom se répond dans la presse locale. Le Los Angeles Evening Herald and Express titre « Un médecin pincé pour inceste ».
63:03
Des inspecteurs procèdent à une fouille minutieuse de la vaste propriété. On retrouve du matériel pornographique caché dans une pièce secrète révélée par Tamar. Georges Odel ne peut échapper à un procès, mais il engage le meilleur avocat de la ville, Jerry Gisler, qui a pour mission de mettre fin à ce scandale hollywoodien. Les témoignages plus que douteux se succèdent à la barre, dans le but de faire passer Tamar pour une menteuse pathologique et une allumeuse. Le 24 décembre 1949, en fin d'après-midi, le jury rend son verdict.
63:38
Le docteur Odel est innocent de tout crime sexuel.
63:42
Le grand jury s'en mêle.
63:44
Il y aura sûrement des mises en accusation. Viendrez-vous témoigner ? Ne comptez pas sur moi.
63:49
Malgré l'affaire classée, Georges sait grâce à ses nombreux contacts qu'il est encore surveillé. Son téléphone et sa maison sont en effet sur écoute du 18 février au 27 mars 1950. Car le LAPD espère bientôt ou tard le coincer.
64:07
Bienvenue à Los Angeles, la cité de l'avenir. Vais-je faire une suggestion, monsieur ? Je vous en prie. Le public doit sûrement penser que vous protégerez vos hommes, que vous voulez étouffer l'affaire.
64:17
Ne le faites pas.
64:18
Ne supportant plus de se sentir traqué, et sur les conseils d'une de ses relations de confiance, au printemps 1950, Odell vend la Sweden House et quitte précipitamment Los Angeles pour s'installer à Hawaï. Puis un peu plus tard à Manille, aux Philippines. Il ne reviendra en Californie qu'en 1990, à la toute fin de sa vie.
64:43
Le jeune Steve ne suit pas son père et reste avec sa mère et ses frères. Ils vont vivre à présent une vie de bohème et de misère pendant laquelle Dorothy noie son chagrin et sa solitude dans l'alcool. Cette affaire, ce scandale en dit beaucoup sur la personnalité complexe de George Odell, un homme assoiffé de sexe mais aussi de sang selon sa femme Dorothy.
65:05
Il avait dit à une de ses maîtresses qu'à chaque fois qu'il fumait de la marijuana, elle devait impérativement l'enfermer dans la salle de bain, car il pouvait faire des choses horribles.
65:24
Peu à peu, l'image du bon docteur au service de la santé et de ses patients laisse place dans les dossiers que Steve Odell accumule sur son bureau à celle d'un sadique que la souffrance des autres enivre au point de perdre la tête et de commettre l'impensable.
65:42
En sa qualité de détective privé et d'ex-chef des inspecteurs de Los Angeles, Steve Odell exhume une quantité impressionnante d'archives sur le passé de son père. Déjà en 1945, George Odell était le premier suspect dans une enquête sur l'étrange décès de sa secrétaire, Ruth Spaulding, morte d'une overdose de Barbie Turic.
66:06
D'après certains documents retrouvés, Spaulding était sur le point d'accuser publiquement Odell d'avoir délibérément réalisé de faux diagnostics dans le but de facturer à ses patients des tests en laboratoire, des traitements médicaux et des ordonnances inutiles.
66:23
Elle était aussi peut-être une de ces conquêtes malheureuses du médecin, car si Georges Odell aime séduire, il n'est pas du genre à s'attacher aux femmes et à s'encombrer de sentiments amoureux.
66:35
Le rêve hollywoodien, les pieds de Starlet et tout le tintouin.
66:39
Est-ce que Betty vous a dit qu'elle devait tourner ?
66:42
En tout cas, du côté conversation, elles étaient à votre niveau. J'en veux.
66:47
Répondez à la question.
66:48
Au cours de sa double enquête sur Georges Odell et Elisabeth Short, dit le Dahlia Noir, Steve reconnaît l'écriture très particulière de son père sur une carte postale envoyée au LAPD le 26 janvier 1947 par l'assassin de la jeune femme aux cheveux noirs et aux yeux bleus. Chose rare pour l'époque, la carte est écrite au stylo bille, un objet rare et cher à l'époque. Il allait garder l'argent de papa et s'en aller avec.
67:20
Il allait tous vous quitter. Le détective confie à la graphologue Anna McFarland une photo de la carte et d'anciennes lettres écrites par son père sans jamais rien lui révéler sur l'origine des documents.
67:33
Anna est une pointure dans son domaine d'expertise et le 6 avril 2000, elle donne ses conclusions que voici.
67:41
Il est hautement probable que ce soit le même individu. Le 25 avril, sur demande de Steve, elle dresse une évaluation psychologique de l'auteur. Et voici son rapport.
67:54
Le scripteur a des goûts raffinés et une intelligence supérieure. Il est sûrement musicien car il a une musicalité dans son écriture et il est doté d'un égocentrisme pathologique. Dernier ajout qui a son importance, l'auteur est en proie à un conflit psychologique dû au ressentiment ou à une haine ayant pour origine la frustration de ses appétits sexuels.
68:19
Votre mari avait acheté Betty pour Georgie ?
68:23
« C'est un gars, c'est timide, mais ça lui ferait vraiment plaisir que tu acceptes de sortir avec lui un soir.
68:30
» L'étau se resserre autour de George Odell, l'épreuve s'accumule. Steve découvre aussi que pour les assassinats du Dahlia Noir en janvier 1947 et de Gladys Kern en février 1948, le ou les meurtriers ont utilisé la même boîte postale pour faire parvenir à la police des lettres de revendication et de provocation. Cette boîte postale se trouvait, étrange coïncidence, à moins de 300 mètres du cabinet médical de Georges Odel.
69:01
Vous êtes une ravissante jeune fille. Non, non, Elisabeth, on vient d'en parler à l'instant. Vous n'avez pas besoin de faire ça.
69:09
Mais c'est le seul moyen que j'ai de payer, docteur. Je sais qu'il n'y a que vous qui puissiez m'aider. Je sens que vous, vous me comprenez.
69:16
Oui, on peut trouver une solution.
69:23
Avec moi, vous n'aurez jamais besoin de faire ça.
69:25
Avec moi, vous serez toujours en sécurité. Un Georges Odel qui voue une admiration sans borne aux créations artistiques de son ami Man Ray. Chose étrange, troublante, il y a de nombreuses analogies entre la mise en scène du corps du Dalia Noir dans le terrain vague où il est retrouvé et les œuvres de Man Ray.
69:47
L'explique, remarque par exemple que la position des bras levés derrière la tête imite les cornes de la célèbre photographie le minotaure, tandis que la bouche d'Elisabeth Short, découpée jusqu'aux oreilles, fait indéniablement penser aux lèvres rouges étirées du tableau à l'heure de l'Observatoire, peint en 1934. Eh oui, mon livre, mon tableau, mon âme qui rit.
70:17
Et pour Betty Short ? Voici ce que dit Steve Odell dans son livre L'affaire du Dahlia Noir.
70:26
Plus j'avançais dans mes recherches et plus j'avais conscience de l'importance de Man Ray aux yeux d'un Georges Odell qui le prenait manifestement pour une âme sœur.
70:35
Eh bien, ce fut la farce la plus cruelle de toutes. Il était obsédé par cette fille.
70:46
Ce film dégoûtant !
70:52
Mais Georges, contrairement à son ami, ne se contente pas de peindre ou de photographier des facs similés de torses féminins découpés. Il passe à l'acte sur de pauvres et innocentes victimes, peut-être pour rendre hommage au maître ou lui prouver sa supériorité.
71:12
Le docteur Odell a un nouvel Jekyll and Mr Hyde. Steve Odell en est convaincu. Non seulement il est le meurtrier du Dahlia Noir, mais pire encore, il est un serial killer.
71:26
Tout un faisceau de fortes suspicions converge vers lui lorsque le détective enquête sur tous les autres crimes commis dans le Los Angeles des années 40. Un Los Angeles où règne la corruption dans les plus hautes sphères politiques, financières et policières.
71:43
Par manque de preuves, ils abandonnent l'affaire. Vous étiez leur supérieur au moment de l'enquête. J'aimerais savoir si vous vous souvenez de quoi que ce soit.
71:51
Ça concerne une affaire en cours ?
71:53
En partie, ça concerne un meurtre. En fait, c'est une enquête privée qu'on mène tous les deux. J'ai fait une boulette, mais je veux me rattraper.
72:02
N'essayez pas de jouer les justiciers, mon vieux.
72:05
Vous manquez de pratique. Drogue, prostitution, meurtre, pédophilie, inceste, réseau d'avortements clandestins. Derrière le décor hollywoodien se cache une réalité bien plus sombre ou un scandale de plus comme celui de l'arrestation de Georges Odel en 1949.
72:26
aurait fait sombrer le Los Angeles Police Department qui, pour protéger ses intérêts, avait une certaine tendance à l'empressement lorsqu'il s'agissait de clore les dossiers les plus sensibles et compromettants.
72:38
C'est quoi le pot de vin ? C'est toi l'expert en pot de vin ?
72:42
Je ne fais que mon devoir. Tu parles, petit génie, t'as dû toucher le jackpot. Pas vrai ? Ce que ça te rapporte, c'est que t'auras plus à te ramener au milieu de flicaillons qui te vomiront de les avoir balancés. Mais si t'es inspecteur grâce à ça, fais gaffe. Au bureau, ceux qui seront mouillés là-dedans ont des potes avec qui tu finiras par bosser.
73:00
Steve O'Dell apprendra pendant son enquête au début des années 2000 que toutes les preuves enfermées dans le coffre du LAPD et concernant le meurtrier du Dahlia Noir ont mystérieusement disparu, tout comme les enregistrements audio de la Southern House et les empreintes digitales de George O'Dell consignées lors de son arrestation pour inceste en 1949.
73:24
C'est comme si en haut lieu, au sein de la police, on voulait s'assurer que personne ne puisse un jour réouvrir le dossier.
73:31
« Cet homme n'est pas digne de son grade. Vous êtes immédiatement suspendu. Je veux votre arme et votre insigne. Rompez !
73:40
» Quel étrange coup du sort ! C'est un ancien du LAPD qui va compromettre, avec son enquête et son livre, le nom et la réputation de son propre département où il avait un poste à haute responsabilité.
73:56
Un livre de plus de 700 pages dans lequel Steve arrive à la conclusion suivante. Elisabeth Short et son père se connaissaient. Page 563, il propose une chronologie des événements.
74:10
Elisabeth Short et George Odell se fréquentaient dans un hôtel du East Washington Boulevard sous un nom d'emprunt, Monsieur et Madame Barnes. Le 14 janvier, dans l'après-midi, Elisabeth est emmenée par son amant à la Southern House où elle sera la victime, dans une des salles de bain, d'un rituel de torture sadique qui entraînera sa mort.
74:33
Dans la nuit du 14 au 15 janvier, Georges dépose son corps mutilé dans un terrain vague à deux pas du croisement de la 39e rue et de la Norton Avenue.
74:54
Cette version des faits aura aussi ses détracteurs, ce qui n'empêche aucunement Steve O'Dell de publier régulièrement sur son site internet de nouvelles pièces à conviction et découvertes mettant directement en cause son père dans le meurtre du Dahlia Noir. Après toutes ces années, ces multiples ratés, il y avait enfin dans cette maison un homme qui aurait pu être susceptible de t'aider un peu.
75:18
Dis-moi que tu n'es pas allé assouvir tes basses pulsions sur sa femme. Il tient même à la disposition de la police un extrait d'ADN de son père en provenance d'une lettre écrite en 1971.
75:31
Mais le dernier enquêteur en charge de ce dossier au LAPD rejette pour le moment la théorie selon laquelle Georges Odel est le meurtrier.
75:39
Lui, il sait répondre oui à certaines de ces questions qui semblent vous poser problème.
75:44
Le service et l'opinion publique ont besoin de modèles, des hommes carrés, des hommes propres qu'on a vraiment envie d'admirer.
75:51
Alors, Georges Odel est-il le suspect numéro un ? Ou le coupable idéal dans une affaire personnelle de vengeance avec un fils qui en veut terriblement à son père ? Ce qui est sûr, c'est qu'en décembre 1948, la police a déjà interrogé, pour ne pas dire cuisiné, 192 suspects.
76:11
Le meurtre effroyable et très médiatisé du Dahlia Noir était en train de virer à l'hystérie collective. Plus de 60 personnes avouant spontanément être l'assassin d'Elisabeth Short. Dans cette longue liste de suspects, on retrouve bien sûr le nom de Georges Odel. Mais un homme est convaincu au plus haut point que ce n'est pas l'assassin d'Elisabeth Short. Son nom, Stéphane Bourgoin. Qui êtes-vous ?
76:38
Je suis un chirurgien très réputé. Je suis là pour vous aider.
77:02
Qu'est-ce que vous avez fait ?
77:08
J'ai réalisé une bisection du corps, puis ôté les intestins et vidé son sang. Pourquoi ? Les écrivains écrivent et les chirurgiens coupent. Et comme vous le verrez, elle sera plus transportable en morceaux. Qu'est-ce que vous faites encore ? Elle avait vraiment l'air triste. Alors j'ai décidé de lui donner un sourire qui durera pour l'éternité.
77:27
Stéphane Bourgoin, 65 ans, est un écrivain et conférencier français spécialiste des tueurs en série. Il a déjà consacré 43 ans de sa vie aux grands criminels et pendant une vingtaine d'années, il a pu s'entretenir directement avec plus de 70 tueurs en série. Surtout des Américains, comme Edmund Kemper, dont on retrouve un sosie tout à fait saisissant dans la série Mindhunter.
77:55
Eh bien, pour être honnête, j'ai pas beaucoup de visiteurs. Et quand j'en ai, vous croyez que ce qu'ils veulent, c'est parler de ce genre de choses ? Putain non, c'est comme si j'avais travaillé dans un abattoir avec du bétail. Ça n'engage pas au dialogue.
78:07
Ça a été le cas ? Non, ce que je veux dire, c'est que les personnes comme moi qui en suppriment d'autres par vocation, tout ce qu'on veut, c'est parler de ce que c'est. Des problèmes qu'on rencontre ou bien des aspects immoraux de la chose. Oui, bien sûr. C'est pas simple. Découper quelqu'un, c'est pas un travail facile. Physiquement comme mentalement, je ne pense pas que les gens réalisent. Il faut qu'on évacue.
78:35
L'intérêt que porte Stéphane Bourgoin au tueur en série provient d'une sordide histoire qui lui serait arrivée en 1976. A cette époque, il vit aux Etats-Unis et travaille dans l'industrie de films de série B et d'épouvante.
78:52
Il vit à Los Angeles avec sa petite amie, Aileen, 24 ans. Pour des raisons professionnelles, il doit se rendre quelques jours à New York. À son retour, il découvre dans son appartement sa compagne violée et assassinée. L'enquête révélera deux ans plus tard qu'Aileen a été victime d'un tueur en série. Dans mon cas, la chirurgie me semble être le meilleur remède.
79:17
Et si la chirurgie ne donne rien ?
79:20
Quelle solution notre société moderne a-t-elle à offrir aux headcamper du monde entier ? Ça, c'est à vous d'y répondre. Mais de votre point de vue ?
79:31
La mort par la torture ?
79:33
Peut-être pour penser ses plaies. Peut-être pour ne pas oublier. Ou dans le but tout simplement de comprendre ce qui s'est passé. Stéphane Bourgoin s'est rapproché de ce qui nous, nous terrorise. Ces monstres, ces tueurs, ces sadiques que la peur de l'autre excite jusqu'à l'orgasme. Elles s'attendent à ce que j'ai pitié d'elles.
79:58
Alors viens cet instant sublime.
80:02
quand elles comprennent qu'elles ne pourront plus y échapper, et qu'en leurs yeux, s'étayent et meurent.
80:14
Le 30 octobre 2014, Stéphane Bourgoin publie, un peu plus de 11 ans après le best-seller de Steve Odell, son 41e ouvrage, qui a tué le Dahlia Noir, l'énigme enfin résolue.
80:27
Une perforation, ici, sur la paume de sa main, droite, droite,
80:33
Et pour lui, très clairement, Georges Odel n'est pas celui qui a assassiné le Dahlia Noir. Tout d'abord parce qu'il a montré des agrandissements de deux photos d'Elisabeth Short qui se trouvent dans le petit album de famille à des spécialistes de l'identité judiciaire.
80:49
L'assassin a ensuite vidé le corps de son sang. Il l'a lavé, à mon avis, dans une baignoire.
80:54
Et les conclusions sont sans appel. Ce n'est pas Elisabeth Short sur les clichés. Des conclusions confirmées par Sunny Chapman, expert en reconnaissance faciale. D'après son logiciel, qui est aussi utilisé par la police, il n'y a seulement que 15% de chance que ce soit bel et bien des photos d'Elisabeth Short.
81:18
Rapport d'interrogatoire volé, dossier médical, photo de l'identité judiciaire. Et l'appartement de mon père était transformé en musée des horreurs du talia noir.
81:27
Mais pour l'enquêteur français, il y a aussi un autre problème. Depuis que Steve O'Dell est à la recherche de preuves reliant son père à Elisabeth Short, l'écrivain américain s'est fourvoyé dans une série de livres dans lesquels il explique que son père est également le tueur qui a commis les crimes du Zodiac. et à peu près l'auteur de tous les autres meurtres en série non résolus aux Etats-Unis.
81:53
Police de Valero ?
81:54
Je veux signaler un double meurtre. Si vous faites deux kilomètres vers l'est au Columbus Parkway, dans le parc, vous trouverez des jeunes dans une voiture marron. Ils ont été abattus avec un léger 9 mm. J'ai aussi tué les jeunes de l'an dernier.
82:13
Stéphane Bourgoin relève même que Steve O'Dell accuse dans le livre « Most Evil » paru en 2010 son père d'avoir assassiné deux personnes dont les rapports de police mentionnent qu'elles ont été tuées à deux heures d'intervalle et à 700 km de distance. C'est comme si l'on avait affaire à un conflit père-fils qui se traduit par une véritable mise à mort médiatique qui vire à l'obsession pathologique. À qui je parle en ce moment ?
82:44
Comment dois-je vous appeler ?
82:48
Appelez-moi comme vous voulez.
82:50
Mais alors, comment l'auteur français a-t-il, d'après le titre de son livre, résolu l'affaire du Dahlia Noir ? Tout commence dans le milieu des années 80, quand il découvre par hasard dans une brocante américaine un exemplaire de Cleveland Murders, datant de 1947.
83:08
On évoque dans les pages jaunies par le temps un tueur en série, qu'on appelle le tueur au torse, connu aussi sous le pseudonyme du boucher de Cleveland.
83:17
Hein ? De quoi j'ai l'air ? J'ai l'impression d'être un boucher ou un chirurgien, je sais pas quoi, c'est vrai. Je trouve qu'elle est vraiment ridicule leur télé, mais bon, va falloir faire avec, hein ?
83:28
Ce qui intéresse tout particulièrement Bourgoin, c'est une copie d'une lettre dactylographie envoyée au chef de la police de Cleveland par le serial killer à la fin du mois de décembre 1938, et qui dit ceci. « Vous pouvez à présent dormir sur vos deux oreilles, car je suis parti pour passer l'hiver au soleil de la Californie. » Cliveland, Californie, Los Angeles, le Dahlia Noir.
84:01
Une intuition forte, persistance, va dès ce jour-là hanter Stéphane Bourgoin. Et si le meurtrier du Dahlia Noir était en fait le boucher de Cliveland ?
84:11
Dis-moi que tu m'aimes, dis-moi.
84:19
Dis-moi que tu me trouves belle. Mademoiselle Short ?
84:23
C'est une scène très triste. Vous pensez que vous êtes capable de jouer la tristesse ?
84:31
Bien sûr. Je peux le faire.
84:40
Tout le monde a entendu parler un jour ou l'autre d'Eliott Ness. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce n'est pas un personnage de fiction, mais un homme qui a bel et bien existé. Eliott Ness est né le 19 avril 1903 à Chicago, une grande ville gangrénée par la corruption et la mafia.
84:59
Dès 1927, il devient agent du Trésor américain. Sa direction lui demande de démanteler un réseau de distribution d'alcool clandestin dirigé par un certain Al Capone. Pour arriver à ses fins, il monte un groupe d'enquêteurs, les Incorruptibles. Ensemble, ils parviendront à faire tomber le parrain de la Pègre de Chicago en octobre 1931. Il sera condamné à 11 ans de prison ferme.
85:24
Les Incorruptibles font vaciller le royaume de la Pègre.
85:29
N'est-ce l'homme qu'on achète pas ?
85:32
Capone attend son verdict. Capone condamné à 11 ans. Sa peine prend effet aujourd'hui.
85:39
Malgré cette jolie prise, Elliot Ness ne sera pas intégré au FBI, mais parachuté en 1934 dans l'Ohio. Il est promu chef du bureau de la prohibition et s'installe tout naturellement dans la plus grande cité de l'État, Cleveland. À cette époque, Cleveland est la seconde ville industrielle du pays, juste derrière Détroit. Pendant qu'Eliott Ness s'installe dans ses nouveaux bureaux, à quelques kilomètres de là, Franck Lagacy, 34 ans, fouille les berges du lac Errier à la recherche de bois à brûler lorsqu'il découvre sur la plage d'Euclide la partie inférieure d'un torse de femme à moitié enterré dans le sable.
86:21
Le médecin légiste consignera dans le dossier que cette femme est morte six mois plus tôt et que le démembrement du corps a été effectué par un couteau de boucher. Il est impossible de connaître l'identité de la victime. Bonsoir.
86:41
Quelque chose ne va pas, mon enfant. Oh non, monsieur. Sur le moment, je crois que vous étiez un homme que je connais.
86:51
23 septembre 1935, deux gamins de 13 et 16 ans jouent au softball près de l'ancien lit d'une rivière asséchée qui forme un ravin profond d'une vingtaine de mètres par endroit. Ce ravin est nommé Kingsbury Run en l'honneur de James Kingsbury, l'un des premiers colons de la réserve de l'Ouest.
87:11
Les abords de cette cicatrice géante sont fréquentés par des vagabonds, des chômeurs, des ouvriers, et forcément par tous les gosses du quartier, car c'est un formidable terrain de jeu pour s'amuser.
87:23
Tout à coup, la balle roule au fond du précipice. Le plus âgé des deux adolescents décide d'aller la rechercher. Quand il se retrouve tout à coup nez à nez avec les corps décapités de deux hommes nus, la police arrive sur place et constate que les victimes ont été émasculées et que les têtes reposent non loin des corps.
87:43
Le plus jeune, qui a des traces de liens, est Edward Mbassy, 29 ans. Bisexuel, alcoolique et querelleur, il a déjà fait de la prison pour port d'armes illicites. Quant au second corps, il n'a pas de nom, la cause du décès et la décapitation. C'est ainsi que va naître dans la presse locale l'obscur et effrayant Torso Murder, le tueur au torse de Cleveland.
88:09
L'un d'eux a éclairé la maison de sa lampe d'orche. Il a vu cette chose qui pendait d'une des poutres. Ils ont pensé que c'était un cerf qui avait été vidé. Ils se sont rendus compte avec stupeur qu'il s'agissait du corps d'une femme accrochée par les talons.
88:30
Tous ces assassinats embarrassent sérieusement le maire de la ville, Harold Burton. Surtout que la métropole de 900 000 habitants a déjà mauvaise réputation dans toute la région. Insécurité, corruption, mafia, prostitution... Le tueur au torse pourrait porter un coup fatal à sa carrière politique si on ne met pas rapidement sous les verrous le ou les coupables.
88:54
Pour mettre toutes les chances de son côté, M. Burton pense avoir trouvé dans sa juridiction l'homme de la situation, l'honorable et respecté Elliot Ness, qu'il va nommer le 12 décembre 1935 directeur de la sécurité publique.
89:11
26 janvier 1936, une femme annonce au boucher Charles Page qu'elle vient de trouver derrière sa boutique cachée dans deux paniers en osier, des jambons qu'on lui a sûrement dérobés.
89:31
Charles sort de son échoppe, mais se rend compte tout de suite que sous la couche de neige, ce ne sont pas des jambons, mais des membres humains gelés. La victime est Florence Polillo, une prostituée alcoolique d'une quarantaine d'années. Son pubis est profondément entaillé et ses organes reproductifs ont été retirés. Sa tête ne sera jamais retrouvée. Qu'est-ce que tu veux ?
89:54
Tais-toi, saloperie.
89:55
Je te connais, toi. Et moi, tu me remets ?
90:03
Ça suffit maintenant. Les boutons, c'est dur de s'en procurer.
90:07
Ça n'a pas besoin de boutons, une putain.
90:09
Quatre mois plus tard, le 5 juin 1936, on retrouve à quelques mètres du corps d'Edward Embassy dans Kingsbury Run, la tête d'un jeune homme de 25 ans. Le corps sera retrouvé le lendemain. Les enquêteurs pensent qu'il s'agit d'un marin.
90:23
Monsieur Ness, lieutenant Alderson, brigade d'intervention, vous voulez venir voir les hommes ?
90:28
Le 10 septembre 1936, un vagabond retrouve un torse coupé en deux et émasculé.
90:34
Le 23 février 1937 et le 6 juin de la même année, c'est le corps démembré de deux femmes que l'on retrouve dans l'infréquentable Kingsbury Run. Le magazine Official Detective Stories offre une récompense de 5000 dollars pour quiconque permettrait l'arrestation du criminel.
90:58
En avril 1938, on retrouve cette fois-ci la jambe gauche d'une femme dans une rivière qui traverse la ville. Enfin, le 16 août, trois hommes trouvent au beau milieu d'une déchetterie sauvage deux corps démembrés. L'homme a la tête, les mains et les pieds sectionnés. La femme a été découpée en neuf morceaux. Deux jours plus tard, Elliot Ness lance un vaste coup de filet dans Kingsbury Run pour coincer le serial killer. sont dépêchés sur place, 25 inspecteurs et des dizaines de policiers.
91:30
Elliot pensait pouvoir rassurer la population et recevoir des félicitations de sa direction. Mais on l'accuse à présent d'avoir terrorisé, brutalisé et arrêté des marginaux sans défense. Seul point positif de cette opération coup de poing, la fin des massacres au couteau de boucher.
91:51
Le flic boit la tasse, la descente de la brigade d'intervention se solde par un fiasco.
91:57
Elliot Ness, pauvre butterfly.
92:01
22 décembre 1938. Une lettre envoyée de Los Angeles est directement adressée au chef de la police de Cleveland. L'auteur qui semble être le boucher explique qu'il passe l'hiver sous le soleil de la Californie. Il parle de ce qu'il nomme des opérations pour faire progresser la science. Il n'a que peu de compassion pour ses victimes. Et il ajoute « On me dit fou et bouché, mais la vérité éclatera un jour. »
92:26
Un battement de cœur a une telle force, que lorsque l'on sectionne la plus grosse artère, la horte,
92:44
Le torseau-murdeur a tué 14 personnes, peut-être plus sans laisser le moindre indice, et il se moque de la police. Narcissique, il ne peut s'empêcher de parler de ses exploits. Voilà des circonstances qui rappellent fortement l'histoire du Dahlia Noir.
93:01
Docteur, j'ai l'impression qu'il m'est arrivé un grand malheur. Comment ça ? Vous parlez de quoi ?
93:06
Je n'en suis pas certaine.
93:07
J'ai un mauvais pressentiment et cette drôle d'impression que je suis en train de rêver mais que je n'arrive pas à me réveiller.
93:13
Oui, ça ressemble à de l'anxiété, mais il faudra... Non, il y a pire que ça.
93:16
Je fais certaines choses avec des missions. Je sais que je ne devrais pas, mais je suis une très bonne actrice, alors c'est frustrant.
93:23
Mais ce ne sont pas les seuls liens qui indiquent que nous avons affaire à la même personne. En page 338 de son livre « Qui a tué le dahlia noir ? L'énigme enfin résolue », Stéphane Bourgoin ajoute que dans les deux affaires, les victimes ont été lavées et vidées de leur sang. Le tueur de Kingsbury a enfoncé dans l'anus d'une de ses victimes un bout de tissu quand Elisabeth Short est retrouvée avec un morceau de chair de sa cuisse dans son vagin.
93:53
Sans oublier ces traces de lacération au niveau du pubis que l'on retrouve à la fois sur le Dahlia Noir et sur Florence Polilio. La seule différence notable est que le boucher de Cleveland décapite ses victimes, tandis qu'Elisabeth Short se retrouve avec un funeste Euryctus à la Joker.
94:13
C'était la farce la plus cruelle de toutes !
94:26
Même si dans ces deux affaires criminelles, aucun coupable n'a été officiellement désigné par la justice et la police, pour notre enquêteur français, l'homme qui se cache derrière tous ces meurtres barbares n'est pas Georges Odel, mais un certain Jack Anderson Wilson. Un homme peu fréquentable, arrêté pour exhibition sexuelle dans un parc. Cet ex-boucher, alcoolique, grand, mince et boiteux, fréquente des prostituées, des travestis et les établissements nocturnes de Los Angeles, tout comme Elisabeth Short.
95:03
C'est là qu'ils se rencontrent et se fréquentent.
95:23
Voici ce que dit Stéphane Bourgoin dans une interview donnée au quotidien régional français La Nouvelle République en 2015. « Quand j'ai présenté mon dossier à l'Académie nationale du FBI à Cantico, aux États-Unis, les profilers m'ont dit que j'avais probablement raison. Mais c'est impossible de l'affirmer aujourd'hui. Jack Anderson Wilson est mort en 1982 dans l'incendie de sa chambre d'hôtel. » Je ne dispose d'aucune preuve scientifique. Il a été incinéré et ses affaires ont été dispersées.
95:56
Il faut juste qu'on me donne ma chance. Il suffit de tomber sur la bonne personne, le producteur qui croit en vous. Chaque fois que je passe une audition, je me dis que c'est peut-être la bonne... Et là, je vais trop loin. Vous comprenez, docteur ?
96:10
Bien sûr. Bourgouin n'est ni le seul ni le premier à penser que Jack Anderson Wilson est un serial killer. 20 ans auparavant, en décembre 1994, l'écrivain John Gilmore suivait déjà cette piste dans son livre « L'histoire vraie du meurtre du Dahlia Noir ». Est-ce pour autant que l'on doit refermer le dossier, avec la sensation d'avoir enfin percé le mystère de cette sordide et tragique affaire ?
96:36
C'est en tout cas ce que l'on souhaiterait pour qu'enfin Elisabeth Short puisse reposer en paix. Mais avouer que cela serait faire preuve de naïveté que de croire que tout est aussi simple et évident dans l'affaire du Dahlia Noir. Puisqu'à chaque fois qu'un enquêteur, un journaliste, un auteur tente de nous révéler l'identité du tueur, il entraîne dans son sillage de nouvelles questions et de nouvelles réfutations. Et Stéphane Bourgoin, tout comme les autres, n'y échappe pas. Sa théorie concernant Jack Anderson Wilson est hautement contestée par Steve Odell, qui assure que la découpe précise du corps de Elisabeth Short relève de la procédure chirurgicale et que par conséquent, elle n'a pu être effectuée par un alcoolique muni d'un simple couteau de boucher.
97:22
Chevalier de l'Est !
97:24
Nous sommes rassemblés devant le dieu d'amour, exposés au regard du grand architecte pour rendre notre sentence. Vous êtes accusés de voies de fête qui ont mis notre ordre en péril.
97:36
Vous êtes devant vos pères, maçons et docteurs en médecine. Je ne vois aucun père ici présent. Pardon ?
97:44
Nul homme parmi vous n'est apte à juger la beauté d'un art que j'ai transfiguré.
97:51
Vos rituels ne sont que des serments creux dont le sang et la portée vous échappent totalement. Le grand architecte m'interpelle. Il est la balance qui pèse mes actes et les jugent.
98:10
Alors, médecin fou ou bouché déséquilibré ? La solution à cette énigme ne se joue pas dans un simple pile ou face, car d'autres personnes clament haut et fort qu'elles connaissent elles aussi l'identité du meurtrier.
98:24
Janice Nolton, dans son livre paru en 1995 « Daddy was a black dahlia killer » affirme que c'est George Nolton, un père violent et incestueux, qui a tué Elisabeth. Janice décide de mettre fin à ses jours le 5 mars 2004. Deux ans plus tard, c'est au tour de Dennis Kaufman de déclarer que son beau-père Jack Tarrance est le tueur du Zodiac et qu'il a aussi assassiné Elisabeth Short.
98:51
C'est comme ça qu'ils m'ont trouvée.
98:54
Toute nue, livrée en pâture aux yeux du monde entier.
98:57
Tu as fait la première page de toute la presse pendant deux mois.
99:05
Je suis vraiment devenue célèbre, alors ? Au risque de vous décevoir, il n'y a pas et il n'y aura jamais de point final dans l'affaire du Dahlia Noir. Au mieux, un point d'interrogation que ni les pseudo-coups de théâtre, ni les soi-disant rebondissements historiques n'arrivent à effacer. Parce que cette fille, cette sale garce morte, c'est tout ce qui te reste. Pour paraphraser Winston Churchill qui s'exprimait à propos de la Russie, on peut affirmer que le Dahlia Noir est définitivement un rébut enveloppé de mystères au sein d'une énigme.
99:44
Je devais arrêter de m'exprimer à chercher qui avait tué le Dahlia et me concentrer sur l'endroit où elle avait été tuée. Georgie m'a présenté Max Sennett, à qui j'ai prêté main forte pour réaliser son projet immobilier juste en dessous de cet immonde panneau.
99:59
Hollywood Land !
100:11
Avant de vous donner quelques références, afin que vous puissiez prolonger ce podcast avec des lectures, des documentaires ou des films, je voulais vous avertir que pour l'avoir vécu pendant un mois, se plonger dans la vie et la mort d'Elisabeth Short et celle de serial killer du siècle passé est une expérience intense et éprouvante parce qu'elle vous entraîne dans les recoins les plus profonds et tourmentés de la psyché humaine. parce qu'elle dévoile les parties les plus sombres, les plus mortifères de notre humanité.
100:42
Et puis, il y a ce visage si fascinant, si envoûtant d'Elisabeth Short, ses yeux clairs, perçants, qui semblent, au-delà des mots, dialoguer avec votre âme. C'est si dérangeant que j'ai pris soin, après chaque moment de lecture, de retourner le livre afin de ne plus croiser son regard qui est en gros plan sur toutes les couvertures.
101:01
Oui, il y a une émanation quasi hypnotique qui se dégage de cette jeune femme, dont la vie chaotique, perdue, entre un rêve inaccessible et une réalité insupportable, va la conduire vers l'innommable.
101:15
Le destin a parfois cela de cruel qu'il vous offre dans la mort ce que vous espériez tant obtenir de votre vivant, l'amour des autres. Le noir était sa couleur préférée, celle du mystère et du deuil, et à bien y réfléchir, celle de son propre mystère et de son propre deuil, qu'elle est condamnée à porter pour l'éternité, sachant que les plus belles fleurs ne meurent jamais. La vérité est et restera hors de portée. Elle est au-dessus de tout ce qu'on a dit et de tout ce qu'on a écrit, et c'est très précisément dans cet angle mort de l'histoire qu'est née la légende du Dahlia Noir.
101:56
Et vous savez quoi ? Il a été vraiment très impressionné quand j'ai joué ma scène de Scarlet.
102:01
Vous avez auditionné pour le rôle de Scarlet, toi ?
102:04
Non, ce n'était pas l'audition, pour autant on emporte le vent ! C'est juste que j'ai tellement adoré ce film-là que j'avais décidé d'apprendre les répliques du rôle de Scarlett.
102:15
Je les avais toutes. Oui. Bon, et...
102:19
Si vous voulez, je l'ai dit pour vous. Parce que vous êtes un très bel homme.
102:22
C'est pas la peine, je vous assure.
102:24
Je vous trouve très séduisant, alors je vais vous faire Scarlett. Je jure devant Dieu. Je jure devant Dieu. Je jure devant Dieu.
102:36
Je ne connaitrai jamais plus la fin. Tu sais, je mentis. Voler ou tricher.
102:59
Voici à présent quelques références, toutes disponibles en français, concernant l'affaire du Dahlia Noir. J'attire votre attention sur le fait que ses livres, documentaires, séries et films peuvent contenir des images choquantes qui ne conviennent pas à tous les publics. Commençons par un best-seller, le roman policier de James Ellroy, Le Dahlia Noir, paru en 1987.
103:22
Il a été réédité au format poche en 2006 par Payot et Rivage. 2006 qui est aussi l'année où le réalisateur Brian De Palma propose une adaptation cinématographique de cette fiction romanesque inspirée de faits réels sous le titre du Dahlia Noir. Le film est interdit à sa sortie au moins de 12 ans. Il existe aussi une version bande dessinée sortie en 2013 chez Casterman. Le scénario est de Mats et David Fincher.
103:53
Les dessins sont de Miles Hyman. Autre livre, autre enquête. Celle menée par Stéphane Bourgoin dans Qui a tué le Dahlia Noir ? L'énigme enfin résolue. L'expert en criminologie nous entraîne sur la piste du boucher de Cleveland. Pour les longues soirées d'hiver, il y a le livre de Steve O'Dell, L'affaire du Dahlia Noir, une longue enquête de plus de 700 pages sur la vie et la mort d'Elisabeth Short.
104:19
mais aussi sur le père de Steve, George Hill O'Dell, qui serait d'après lui un serial killer. Diffusé le 15 janvier 2018 sur la RTS, le documentaire La Vérité sur le Dahlia Noir de Thibaut Châtel raconte l'histoire d'Elisabeth Short et donne la parole à Steve O'Dell, Tamara O'Dell, sa demi-sœur violée par son père, George O'Dell, à l'âge de 14 ans. mais aussi Stephen Kay, procureur à Los Angeles de 1997 à 2005.
104:51
On retrouve aussi Paul Titor, journaliste d'investigation au Los Angeles Times. Il est disponible sur YouTube gratuitement sous le titre « Le Dahlia Noir, l'enquête ». Dans la section fiction, l'épisode 9 de la saison 1 de la série American Horror Story, s'inspire directement de l'affaire du Dahlia Noir avec Mena Suvari dans le rôle d'Elisabeth Short. Enfin, si vous souhaitez vous recueillir devant la sépulture d'Elisabeth, sachez qu'elle se trouve non pas à Los Angeles, mais dans la section 66 du cimetière Mountain View d'Auckland.
105:29
Malgré la couverture médiatique de l'affaire, Elisabeth a été enterrée dans la région de la baie de San Francisco le 25 janvier 1947, uniquement en présence de sa mère, de sa sœur, de son beau-frère et de deux hommes, soit des policiers ou des reporteurs.
105:48
Vous pourrez déposer au pied de sa dalle funéraire un bouquet de Dahlia et avoir une pensée émue pour cette jeune femme de 22 ans dont James Ellroy disait en 2004 sur CBS qu'elle est une page blanche qui exprime nos désirs et nos peurs, une Mona Lisa de l'après-guerre, une icône de Los Angeles. Elizabeth Short rêvait d'être une star de cinéma mais son plus grand rôle dramatique a été sa propre vie qui, dans un dernier soupir, fit éclore le mythe du Dahlia Noir.
106:20
Ça suffisait aux journaux, mais ça ne résolvait pas tout.
106:24
La vie des riches est différente, je suppose que leur mort aussi.
106:27
Et nous arrivons à la conclusion de cette nuit blanche pour Dahlia Noir. Une conclusion qui se doit d'être en forme de point d'interrogation pour laisser le champ libre des possibles ouverts et le mythe intact. A la réalisation Franck Pourprit, au micro Michael Marquet.